Incontestablement, la guinée n'a pas usurpé sa réputation d'être à la fois un scandale géologique et par là même, le château d'eau d'Afrique de l'ouest.
Cependant, les plus lucides se posent la question de savoir, comment dans un tel contexte, et après cinquante années d'indépendance, ce pays est à la traîne par rapport à des pays comme Mali ou le Burkina Faso, deux pays, qui, comparés à la guinée, sont beaucoup moins dotés par la nature et aussi largement moins équipés en infrastructures au moment de leur accession à la souveraineté internationale.
L'industrialisation d'un pays réside dans sa capacité à mettre en place une véritable politique énergétique, et par suite, à en maîtriser sa gestion.
En effet, les sources d'énergie sont multiples et variées. Aussi, ses aspects techniques (la production) et économiques (la distribution) demeurent des critères déterminants.
La première République avait une politique énergétique constante, avec la construction de quelques barrages hydro-électriques. Malheureusement, la conception économique et politique du parti unique était antinomique avec une gestion rigoureuse de la chose publique. C'est ainsi qu'il n'a pas su ou voulu mettre en place une tarification basée sur la consommation réelle des ménages. Les raisons de la pénurie étaient loin d'être conjoncturelles. N'oublions pas que le premier choc pétrolier n'est intervenu qu'en 1973 et surtout que le défunt président entretenait les meilleurs rapports avec les monarchies du golf.
L'avènement de la deuxième République a compromis cette politique. Plus de dix ans après l’arrivée au pouvoir de Lassana CONTE, aucune construction de barrages n'été réalisée, mais également la démographie a pris une courbe exponentielle.
Les gouvernements qui se sont succédés tout au long des 24 années de règne de Lansana CONTE, avec des fortunes diverses, ont tenté de rationaliser la gestion des circuits de production et de distribution de l’énergie électrique avec le remplacement des compteurs entre autres. C'était sans compter avec les forces d'inertie du système mises en place en guinée par le même Lansana CONTE.
Le laxisme du système économique guinéen a généré des dérapages qui ont eu pour conséquences immédiates le non paiement des factures par la frange de la population la plus aisée. A savoir les ministres, les cadres et les divers autres privilégiés du Régime. Peut-on dans de telles conditions parler de rétablissement des grands équilibres ? L'autre grande question qui interpelle les guinéens est la suivante : La Guinée doit-elle se positionner sur tout l’hydroélectrique ? Ce choix serait désastreux pour de multiples raisons.
Nous n'évoquerons que quelques unes d'entre elles.
1°) Barrages hydroélectriques :
La Guinée, compte tenu de ses potentialités, doit-elle se positionner sur tout l’hydroélectrique? Ce choix serait désastreux pour trois raisons :
1-Pour qu’une turbine hydraulique fonctionne à son rendement maximum, il faut un débit d’eau important et constant. L’abondance des pluies n’est pas assurée d’une année à l’autre. Cet aléa provoque un faible taux de disponibilité de la turbine.
2-Les cours d’eaux n’étant dragués qu’épisodiquement, l’ensablement des barrages entraîne inévitablement une baisse importante de la puissance mécanique.
3-Les fréquents déplacements des populations pour insuffisance pluviométrique.
Les moyens techniques et financiers de la guinée étant limités, cela doit inciter les décideurs à rationaliser le coût des investissements.
Lorsque le contexte tend vers le choix d’une centrale hydroélectrique, la priorité doit aller vers des barrages de puissance moyenne, ceci, pour éviter des gaspillages inutiles de nos maigres ressources. Ces économies d’échelles, seront mobilisées pour soit, assurer la formation des techniciens, ou réduire les frais d’exploitations. En France le coût de production d’une petite turbine, inférieur à 10Mw, se situe entre 60 €et 100 € le mégawatt heure.
|
Filières de production
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Potentiel de développement |
Durée de vie (an) |
Caractéristiques électriques |
|
Conventionnelles Nucléaire, Gaz (TAG*) Charbon, Vapeur (TAV*) |
Fort, limité par ressources énergétiques |
40-60 25 35 |
Excellente, production Contrôlable, supportent le réseau électrique |
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Éolien terreste |
Fort, limité par Acceptation du public |
15 |
Fortes variations, peu prévisible |
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Eolien off-shore |
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25 |
Fortes variations,peu prévisible |
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hydraulique |
Limité |
50 |
Production assez stable Et peu prévisible |
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Biomasse |
moyenne |
20 |
Production stable |
|
Photovoltaïque |
Fort, mais de fait limité par le coût |
15 |
Production uniquement le jour |
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Cycle combiné Gaz |
Fort, limité par ressources énergétiques |
|
Excellent, production Contrôlable, Supporte le réseau électrique |
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Moteur Diesel (moteur thermique) |
Fort, limité par ressources énergétiques, limité en puissance |
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Fort, production Contrôlable, Supporte assez bien le réseau électrique
|
*TAG : Turbine à gaz
*TAV : Turbine à vapeur
Les données qui figurent dans ce tableau sont des ordres de grandeur.
2°) Les turbines à gaz (TAG), turbines à vapeur (TAV)
La négligence des centrales thermiques, turbines à vapeur, produisant de l’électricité est inquiétant pour l’avenir. Elles ont (en France) un coût de production de l’ordre de 35€ à 40€ le mégawatt heure. Il en est de même pour une turbine à gaz industrielle.
Cette dernière a l’avantage d’utiliser les gaz d’échappement, qui sont entre 430°C et 550°C, pour faire fonctionner parallèlement une turbine à vapeur (cycle combiné). Ce cycle thermodynamique joue un rôle important dans la production d’électricité actuelle.
Les turbines à gaz utilisent, au-delà des combustibles classiques, de la biomasse du méthane provenant des poubelles domestiques pour effectuer une combustion interne. Les turbines à vapeur à vapeur utilisent ce même gaz cette fois-ci, à travers des chaudières.
L’inconvénient du bio méthane est sa composition chimique contenant des composantes organiques volatiles (cov), celles-ci sont néfastes pour une turbine à gaz et aussi pour une chaudière, à travers l’économiseur, l’un de ses éléments. Des traitements physiques existent mais avec un coût conséquent.
Nous reviendrons ultérieurement sur les turbines à gaz industrielle, l’utilisation de la biomasse et le cycle combiné.
3°) Les moteurs Diesel
Les moteurs Diesel, via un réseau électrique, sont utilisés pour des petites puissances à partir de quelques kilowatts jusqu'à plusieurs mégawatts. En comparaison, les turbines à gaz industrielles sont utilisées pour des puissances de 100 à 250 Mégawatts alors que les turbines à vapeur le sont à plusieurs centaines de Mégawatts.
Ces moteurs sont généralement utilisés dans le secteur tertiaire et en dépannages. En aucun cas ces moteurs ne peuvent être utilisés comme source permanente, pour des puissances très élevées, en raison du réchauffement des cylindres qui sont difficiles à refroidir.
Compte tenu de ce réchauffement, les moteurs Diesel sont limités en puissance.
Ces moteurs sont classés selon leur vitesse de rotation de la manière suivante :
. Les moteurs lents (100-200tr/min) de puissance 50MW
. Les moteurs semi-rapides (400-700 tr/min) : puissance de 2 à 25 MW
. Les moteurs rapides (1000 tr/min et plus) : puissance de 0.2 à 2 MW
Seul le moteur de semi-rapide a un rendement comparable à une turbine à gaz.
Répartition de la puissance thermique dans moteur Diesel :
40 % environ sur l’arbre (puissance électrique) ;
30 % environ dans l’échappement ;
30 % environ dans l’eau (ou l’air) de refroidissement.
Il est intéressant de récupérer l’énergie des gaz d’échappement, perdue à source froide (l’atmosphère) pour actionner une turbine à vapeur, par exemple. 
Domaine moyen des Diesels, turbines à gaz et turbines à vapeur
Le choix parmi ces trois machines est problématique dans une certaine gamme de puissance.
Un autre problème du moteur Diesel, c’est sa consommation spécifique. A puissance égale, sa consommation est supérieure à celle d’une turbine à gaz, sauf dans les moyennes puissances.
4°) Energie solaire
Pour le moment, la transformation du soleil en énergie électrique reste freinée par le coût des photopiles. Cependant, à la vitesse où vont les progrès techniques et scientifiques, avec la prise de conscience quant aux dangers qui guettent notre planète, du fait du réchauffement climatique, on peut espérer une accélération des découvertes et par conséquent, une avancée technologique dans le domaine du solaire.
D’ici là, nous devons prendre l’exemple sur un pays comme le Mali qui depuis plus de trente ans, grâce à son centre de recherche sur le soleil et les biomasses, ne cesse de progresser dans la recherche.
Remarque : la durée de vie d’une machine tournante n’a de sens que si les entretiens imposés par le constructeur sont respectés.
Les données qui figurent dans ce tableau sont des ordres de grandeur.
Conclusion
L’efficacité énergétique doit s’articuler sur des orientations claires. Ce qui implique la publication des prévisions pour permettre aux guinéens d’apporter leurs contributions sous formes de critiques, d’études, d’avis techniques et de moyens financiers nécessaires, pour tout développement économique du pays.
La non participation des citoyens dans la prise des décisions aussi cruciales pour l’avenir de toute une nation, est soit , la manifestation du caractère anti-démocratique du système politique qui régit le pays, soit, un aveu d’impuissance dans le domaine des ressources humaines dont dispose le pays, pour la conduite énergétique .
L’illustration la plus éclairante est le cas de la centrale de Garafiri qui s’est révélée être une occasion pour les plus hautes autorités du pays de détourner des sommes colossales, et, aussi et surtout, un moyen pour diviser encore plus les enfants de ce pays, quand on sait que pour l’intérêt de la guinée et des guinéens, le site de Garafiri n’était pas le mieux indiqué.
La Chine qui n’est pas un exemple de démocratie, vient de mettre en production son barrage hydroélectrique des Trois Gorges en maintenant les autres modes de production, y compris les centrales au charbon. Quant à la France qui a fait des progrès énormes dans le nucléaire et dont la principale source de production d’électricité provient de cette source, elle aussi a conservé ses centrales classiques. On voit donc qu’en matière de politique énergétique, il ne faut négliger aucune des ressources disponibles.
S’il est établi que sur le plan thermodynamique, le barrage hydraulique a un rendement et une durée de vie supérieure aux autres cycles de productions (les turbines à gaz, turbines à vapeur et centrales au charbon), il est tout aussi vrai que cette source est loin d’être la plus viable économiquement (voir les trois raisons citées plus haut). Il convient ici de rappeler que tout choix énergétique repose sur deux critères essentiels : l’un de caractère technique, comparaison des différents rendements, et l’autre tout simplement économique.
Wilbur Wright (l’un des frères pionniers de l’aviation) avait affiché ceci dans son hangar, à destination de ses collaborateurs : “ Le perroquet est un oiseau qui parle beaucoup mais qui vole peu ! “
Tounkara Alassane,
Thermicien
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